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Ile de Gorée: Réfectionner ce monument plein de symboles pour la gloire du peuple noir

Dans son élan de raviver la Renaissance africaine, la Réunionnaise Migline Paroumanou a porté sur les fonts baptismaux la Porte du Retour à Gorée en décembre 2012. Près de dix ans après, elle est revenue au Sénégal pour faire l’état des lieux, en vue de réfectionner ce monument plein de symboles pour la gloire du peuple noir. À cet effet, un lancement de fonds sera élaboré pour permettre à tous les Africains et Afro descendants de contribuer à la perpétuation de cette œuvre.

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Ralliement massif des passagers vers le débarcadère de la chaloupe Mame Coumba Castel. Il est 11 heures 20, ce mercredi 24 août, l’île de Gorée va accueillir des personnes venues d’horizons divers. Les vétustes bâtiments érigés par les esclavagistes européens frappent les regards dans cette île qui était autrefois, l’un des principaux lieux de transit des Africains destinés à être déportés vers les Amériques, pour y être réduits en esclavage. Dégoûtée par la Porte aller sans retour qui trône toujours à Gorée, et qui rappelle les moments les plus tragiques de l’histoire africaine, mais séduite par la Renaissance africaine, Migline Paroumanou a bâti la Porte du Retour, il y a bientôt 10 ans. Ce, dans l’optique de symboliser la résistance du peuple noir à l’oppression. De retour à Dakar, il y a plus d’une semaine, cette femme de 48 ans née dans l’île de la Réunion, département français de l’océan indien et qui y réside toujours, artiste plasticienne habillée en robe wax, mélangeant les couleurs jaune et rouge, souhaite réfectionner la Porte du Retour qu’elle a installée sur la place Coumba Castel de Gorée, sise près de la résidence artistique du sculpteur Moustapha Dimé, actuellement gérée et entretenue par Gabriel Kemzo Malou.

En effet, c’est le fort portugais construit en 1444 qui a été transformé en atelier. La Réunionnaise a fait une communication à propos de son projet, ce mercredi 24 août. Un long couloir étroit mène vers ce site ô combien symbolique. Des tableaux d’art, bijoux, colliers, bracelets et vêtements des vendeurs ornent le long du passage.

Fruit du métissage entre une mère africaine et un papa d’origine indienne, l’originalité du teint «café au lait» de Migline Paroumanou, ne laisse pas indifférente. Chokas, figues de barbarie et autres végétaux jonchent les environs de la Porte du Retour qui fait face à la mer. Les fissures et fentes exubérantes qui se multiplient sur ce monument blanc, laissent pantois. L’œuvre a 2,80 mètres de hauteur. Ses potos et sa barre sont rectangulaires, avec 43 centimètres d’épaisseur. Sac noir en bandoulière, Madame Paroumanou, explique l’objectif de son troisième voyage au Sénégal.

«Le 1er décembre 2012, c’est le jour où j’ai inauguré la Porte du retour. Elle est en contreplaqué face à la mer», explique Migline Paroumanou, avant de déduire que «le vent et l’ambre marin l’abîment beaucoup». «J’étais revenue en 2018 pour la rafraîchir, poncer et repeindre», informe-t-elle. Quant à cette année, «j’ai des amis dans l’île de Gorée qui m’avaient dit que l’œuvre est dans un mauvais état et qu’il va falloir faire quelque chose. En ce moment-là, je me suis posée la question de la rendre pérenne ou pas. Mais, j’ai pensé qu’elle est d’utilité publique. C’est surtout ce que m’ont dit les gens que j’ai rencontrés. En allant dans ce sens, alors il fallait que je vienne faire l’état des lieux», confie la dame, la quarantaine sonnée. «Dans un premier temps, je suis venue chercher des devis, un chiffrage de combien ça va me coûter, parce que l’idée c’est de faire un appel de fonds pour que je puisse récolter la somme nécessaire pour faire des infrastructures, ramener le matériel, etc.», renseigne-t-elle.

«J’espère partager cette collecte de fonds avec les Afro-descendants comme moi, et pour qui, ce retour à un sens personnel et trans-générationnel. Ce faisant, ils vont se sentir intégrer à l’Afrique. Savoir d’où l’on vient permet de savoir d’où l’on va», affirme l’artiste plasticienne.

APPEL DE FONDS EN LIGNE DE MIRE

 

«Je serai super heureuse de savoir que cette Porte sera réfectionnée avec une mise à contribution de beaucoup de personnes individuelles qui ont envie qu’elle existe. Je veux que ça soit une Porte de cœur. Je ne veux pas qu’elle soit une croix en bas d’un casier administratif», annonce la native de La Réunion. Concernant l’apport du continent africain dans ce programme, elle déclare : «je trouverai aussi un moyen pour faire une petite collecte symbolique si l’Afrique veut participer».

 

«Les appels de fonds, je compte les lancer quand je rentre à La Réunion avec les devis. Ensuite, je mettrai tout en place pour que ça commence au plus tard le 1er décembre 2022. J’espère collecter pendant 8 mois ou un an, et revenir l’année prochaine avec tout ce qu’il faut», révèle la même source. «J’aurais bien aimé trouver la pierre de marbre pour l’amener au Sénégal. Une pierre que je vais transporter, avec un grand sourire, de l’Europe à l’Afrique, parce que j’ai aussi cette posture d’artiste. Cette posture où j’aime les contradictions et les sens inverses», poursuit-elle, bracelet noir autour du poignet gauche.

ORIGINE DE L’IDÉE DE LA PORTE DU RETOUR

«L’idée de construire cette Porte du retour m’est venue à l’esprit quand je devais venir en résidence ici à Gorée. C’était immédiat, comme un déclic en 2012. J’ai dit si je vais à Gorée et je vais faire la Porte du retour. Car, la seule image que je connaissais de cette île, ce n’était pas le débarcadère, mais la Porte aller sans retour, qui est très sombre et qui nous met dans une nostalgie et une condition de tristesse», regrette l’artiste. Et d’ajouter : «Comme j’aime inverser les choses, cela a été immédiat chez moi, j’ai dit si je pars, je fais la porte du retour».

L’INERTIE DES AUTORITÉS DE GORÉE

À en croire Migline Paroumanou, les autorités de Gorée ne font pas grand-chose pour aider à la préservation de ce fort symbole panafricain. «C’est moi qui fais l’entretien du monument jusqu’à maintenant, avec l’aide des gens qui habitent Gorée qui m’ont aidé à poncer et peindre en 2018», renseigne-t-elle.

«J’ai eu l’autorisation de construire du maire la première année. Mais les autorités ne m’ont pas soutenu dans l’entretien et la préservation de l’œuvre», regrette l’artiste plasticienne.

source:sudQuotidien

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