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Comment Comprendre la Vague de Protestations Qui a fait au Moins Huit Morts en Iran

La vague de protestation s’amplifie en Iran. Les autorités iraniennes ont annoncé mercredi 21 septembre 2022 la mort de trois personnes, dont un membre des forces de sécurité, lors de nouvelles manifestations contre  le décès en détention de Mahsa Amini, une jeune Kurde, arrêtée par la police des mœurs pour sa « tenue indécente​ ». Le bilan s’établit à huit morts depuis le début du mouvement de protestation.

1. Pourquoi Mahsa Amini a-t-elle été arrêtée ?

Âgée de 22 ans, Mahsa Amini est originaire de la région du Kurdistan (nord-ouest). En visite à Téhéran, elle a été arrêtée le 13 septembre pour « port de vêtements inappropriés » par la police des mœurs, une unité chargée de faire respecter le code vestimentaire strict dans la République islamique.

En Iran, les femmes doivent se couvrir les cheveux sur la voie publique à partir de 7 ans. Il leur est également interdit de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés, des jeans troués ainsi que des tenues de couleurs vives.

Selon la patrouille qui a arrêté Mahsa Amini, la jeune femme portait « mal » son foulard. Elle aurait laissé dépasser trop de cheveux, contrevenant ainsi à la loi.

2. Que s’est-il passé en détention ?

Après son arrestation, Mahsa Amini est tombé dans le coma et est décédé trois jours plus tard. Selon des militants, la jeune femme avait reçu un coup mortel à la tête, une affirmation démentie par des responsables qui ont annoncé une enquête.

Le gouvernement iranien, lui, pointe du doigt les problèmes cardiaques de la jeune femme avec, comme preuve, une vidéo la montrant perdre conscience brutalement en pleine discussion avec la police. « Elle a soudainement souffert d’un problème cardiaque [et] a été immédiatement transportée à l’hôpital », avait indiqué jeudi 15 septembre la police de Téhéran.

La famille Amini nie tout problème de santé préexistant pouvant entraîner la mort de cette manière.

3. Comment le pays s’est-il enflammé ?

La première manifestation d’ampleur a eu lieu le jour des funérailles de Mahsa Amini dans sa ville de Saqqez, samedi 17 septembre.

Elles se sont depuis propagées dans les rues d’une quinzaine de villes iraniennes, notamment jusqu’à la ville sainte de Qom, cité natale du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Des manifestants en colère y ont bloqué la circulation, incendié des poubelles et des véhicules de police, lancé des pierres sur les forces de sécurité et scandé des slogans hostiles au pouvoir, selon l’agence officielle Irna.

La police a utilisé des gaz lacrymogènes et procédé à des arrestations pour disperser la foule, a précisé l’agence.

Selon un nouveau bilan, au moins huit personnes ont été tuées depuis le début des protestations il y a cinq jours.

4. Que réclament les manifestants ?

De nombreuses femmes sont présentes au sein des rassemblements, beaucoup brandissant ou brûlant leur foulard islamique, ou coupant leurs cheveux en public en signe de protestation.

« Non au foulard, non au turban, oui à la liberté et à l’égalité ! » ont crié ce mercredi des manifestants à Téhéran lors d’un rassemblement dont les mêmes slogans ont été repris dans des manifestations de solidarité à l’étranger, notamment à New York et à Istanbul.

Des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montrent également des manifestants s’en prenant aux symboles de la République islamique. Dans l’une d’entre elles, on peut voir un homme escalader la façade de l’hôtel de ville de Sari, dans le nord du pays, et déchirer un portrait de l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique.

Mercredi à l’Université de Téhéran, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées au cri de « Mort au dictateur », selon une vidéo diffusée sur le compte Twitter 1500tasvir.

5. Comment réagissent les autorités iraniennes ?

Lors d’un discours de commémoration de la guerre Iran-Irak (1980-88), ce mercredi, le guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, n’a fait aucune allusion aux manifestations.

Un proche conseiller de l’ayatollah a néanmoins adressé cette semaine ses condoléances à la famille de Mahsa Amini, assurant que le guide suprême était peiné par son décès.

Outre la vague de colère déclenchée en Iran, l’annonce du décès de la jeune femme a suscité de vives condamnations internationales, notamment de l’ONU, des États-Unis et de la France.

Réagissant à ces condamnations internationales, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani, a condamné mardi soir ce qu’il a qualifié de « positions interventionnistes étrangères ».

Le ministre des Télécommunications, Issa Zarepour, a évoqué de son côté mercredi la possibilité de restrictions d’accès à Internet dans le pays pendant les manifestations « en raison des problèmes de sécurité », a-t-il déclaré, cité par l’agence de presse ISNA.

Selon Hengaw, un groupe de défense kurde basé en Norvège, l’accès à internet a été totalement coupé dans la province du Kurdistan, où les confrontations entre police et manifestants sont particulièrement tendues.

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