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Burkina Faso : Portrait du Capitaine Ibrahim Traoré, le Nouvel homme fort du pays

Ce dimanche 02 octobre, le chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, a accepté de démissionner. Il a été renversé le vendredi 30 septembre 2022, par un groupe de militaires tous membres du MPSR, le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration, qui l’avait porté au pouvoir il y a huit mois. A la tête de ce groupe, le capitaine Ibrahim Traoré, tout juste âgé de 34 ans. Portrait.

Au micro de notre confrère Christophe Boisbouvier, de Radio France Internationale, le capitaine Ibrahim Traoré a confirmé ce dimanche 02 octobre 2022, l’information contenue dans un communiqué des militaires qui le soutiennent, et selon laquelle il est chargé de l’expédition des affaires courantes, mais seulement jusqu’aux assises des forces vives qui désigneront un président de transition. Des assises qui, a-t-il ajouté, devront se tenir avant la fin de cette année.

Un idéal commun trahi par le lieutenat-colonel Damiba

Et toujours ce dimanche, dans le journal de 20h de la télévision nationale burkinabé, l’on a appris que le capitaine Ibrahim Traoré et ses hommes ont le soutien du commandement militaire. Bérets rouges vissés sur la tête, gilets pare-balles en évidence sur des treillis militaires, c’est également dans les locaux de la télévision nationale que le nouvel homme fort du Burkina Faso et ses hommes ont annoncé qu’ils prenaient la tête du MPSR, le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration.

Huit mois seulement après avoir chassé du pouvoir le président Roch Marc Christian Kaboré, élu démocratiquement en 2015 et en 2020, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba tombe à son tour. Il est démis de ses fonctions par des militaires de son camp, avec à leur tête le jeune capitaine Ibrahim Traoré, tout juste âgé de 34 ans. Tout est parti d’un mouvement d’humeur des soldats, une histoire de primes impayées qui remonterait au régime de Roch Marc Christian Kaboré. Et comme pour le putsch du 24 janvier 2022, conduit par le lieutenant-colonel Damiba, ce qui avait d’abord l’allure de revendications corporatistes, a très vite pris un virage politique dont l’issue est désormais connue.

Après l’avoir aidé à prendre le pouvoir il y a moins d’un an, le jeune capitaine Ibrahim Traoré et ses hommes accusent désormais le lieutenant-colonel Damiba d’avoir opéré des choix « hasardeux » qui « ont progressivement affaibli » le système sécuritaire du pays, confronté depuis plusieurs années à un terrorisme djihadiste endémique. « Notre idéal commun de départ a été trahi par notre leader en qui nous avions placé toute notre confiance. Loin de libérer les territoires occupés, les zones jadis paisibles sont passées sous contrôle terroriste », ont-ils affirmé.

Un homme surnommé « chef de classe »

Jusque-là, le jeune capitaine Ibrahim Traoré était le commandant du régiment d’artillerie de Kaya, chef-lieu de la région centre-nord du Burkina Faso, située à une centaine de kilomètres au nord de Ouagadougou, la capitale. Un poste qu’il occupait depuis mars 2022, et auquel il avait été nommé par l’ex-homme fort du pays, le lieutenant-colonel Damiba. Après des études de géologie à l’université publique de Ouagadougou, c’est en 2010 qu’Ibrahim Traoré rejoint les rangs de l’armée burkinabé.

Deux ans plus tard, en 2012, Ibrahim Traoré est sous-lieutenant. Devenu lieutenant en 2014, il est affecté au régiment d’artillerie de Kaya. C’est en 2020 qu’il devient capitaine. Entre temps, il participe à de nombreuses opérations d’envergure contre le terrorisme djihadiste. Au fil des mois cependant, la situation se dégrade, jusqu’à ce 24 janvier 2022, et le coup d’Etat militaire contre le président Roch Marc Christian Kaboré, qui était alors au début de la deuxième année de son second mandat, suite à la présidentielle remportée en novembre 2020.

De jeunes hommes scandent des slogans contre le pouvoir du lieutenant-colonel Damiba, contre la France et pro-Russie, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le vendredi 30 septembre 2022.

De jeunes hommes scandent des slogans contre le pouvoir du lieutenant-colonel Damiba, contre la France et pro-Russie, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le vendredi 30 septembre 2022.
© AP Photo/Sophie Garcia

A l’époque, le capitaine Ibrahim Traoré, surnommé « chef de classe », fait partie des jeunes officiers qui procèdent à l’arrestation du président Roch Marc Christian Kaboré, puis mettent en place le MPSR, dirigé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Ce dernier devient d’ailleurs le président du Burkina Faso, suite à la signature d’une charte de la transition. Depuis, la situation sécuritaire du pays, évoquée comme raison principale du renversement du régime du président Kaboré, ne s’est guère améliorée. Les attaques terroristes sont quotidiennes, et les pertes humaines sont considérables, dans l’armée comme au sein des populations civiles.

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