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Nigeria : Les enjeux de l’élection des Gouverneurs, un Scrutin déterminant

Posters are seen outside the house of presidential candidate Bola Tinubu of the All Progressives Congress in Lagos, Nigeria Thursday, Feb. 23, 2023. On Feb. 25, voters will choose among 18 candidates in a first-round vote to succeed incumbent President Muhammadu Buhari, but despite being Africa's largest economy and and one of its top oil producers, Nigeria is in economic crisis. (AP Photo/Ben Curtis)

Après l’élection présidentielle le 25 février dernier, remporté par le candidat du pouvoir Bola Tinubu, les Nigérians élisent ce samedi les gouverneurs et les représentants des assemblées locales dans 28 états fédérés sur 36. C’est une élection cruciale dans le système fédéral nigérian, dont l’un des enjeux majeurs repose aujourd’hui sur la capacité de l’opposition à confirmer ses scores de la présidentielle.

La carte électorale a été complètement redessinée à l’issue des élections générales du 25 février, au Nigeria. Face au Congrès des progressistes au pouvoir, l’opposition s’est étoffée, rappelle Cyrielle Maingraud, la directrice adjointe de l’Institut français des études africaines d’Ibadan.

« L’émergence de la troisième voie de Peter Obi du Labour Party  a complètement fait voler en éclat cette opposition qu’on voyait depuis 1999 entre l’APC et le PDP. La question que je me pose aussi, c’est à quel point le vote de la présidentielle va se traduire par le même vote aux élections des gouverneurs. »

L’opposition est notamment arrivée en tête à Lagos – qui a voté en majorité pour Peter Obi du Labour Party – mais aussi à Kano – où Rabiu Kwankaso, du nouveau Parti du peuple nigérian est arrivé largement en tête. En revanche, dans le sud-est, le gouverneur de l’État de Rivers a trahi le candidat de son propre parti, Atiku Abubakar – en poussant les votes en faveur de Bola Tinubu lors de la présidentielle.

Mais il est peu probable que l’APC bénéficie une nouvelle fois de cette manœuvre. « Les gouverneurs se sont aussi des gens qui ont des réseaux politiques et économiques. Ils ont des machineries qui vont se mettre en place au niveau des États, machineries qu’ils n’ont pas mises en branle de la même manière pour l’élection présidentielle. »

L’élection des gouverneurs sera un test crucial pour le président élu – et une opportunité inratable pour l’opposition, d’autant que dans le système fédéral nigérian, les politiciens locaux détiennent un pouvoir politique et symbolique très important.

Les gouverneurs, des politiciens puissants et influents

Dans chaque capitale régionale nigériane, « Government House » – le palais du gouverneur – est un point central et ultra-sécurisé. Il n’est pas rare de voir l’imposante escorte du gouverneur local en sortir, vitre teintées et sirènes hurlantes. Ces puissants politiciens locaux règnent en maîtres sur des régions aussi vastes et peuplées que certaines nations africaines – et possèdent d’énormes ressources financières.

Et si le président de la République fédérale du Nigeria a bien la main sur l’appareil sécuritaire, les gouverneurs possèdent un pouvoir d’action presqu’immédiat sur leurs administrés. Lors de la présidentielle du 25 février, le candidat du Labour Party Peter Obi, a par exemple mis en avant son bilan à la tête de l’État d’Anambra, où il a notamment réformé le système éducatif.

Les gouverneurs nigérians jouent un rôle clé dans les nominations, tant au niveau local que national – leur soutien est même essentiel pour devenir chef traditionnel ou président du Nigeria. Lors de la présidentielle, Atiku Abubakar du Parti démocratique populaire (PDP) a été trahi par cinq gouverneurs de son parti, qui se sont arrangé pour qu’il n’arrive pas en tête dans leurs régions à l’issue de ce scrutin.