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Israël a Bombardé la Ville Surpeuplée de Rafah, Dans le Sud de la Bande de Gaza…

Israël a bombardé la ville surpeuplée de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, où l’armée prépare une offensive terrestre, pendant que se poursuivent des pourparlers compliqués pour tenter d’instaurer une trêve dans le territoire palestinien.

Dans la nuit de mercredi 21 à jeudi 22 février, l’aviation israélienne a mené une dizaine de frappes à Rafah, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Dans cette ville, où l’immense majorité de la population est menacée de famine selon l’ONU, les bombardements ont détruit la mosquée Al-Faruq. Des bombardements ont aussi visé Khan Younès, à quelques kilomètres plus au nord de la bande de Gaza. Le Croissant-Rouge palestinien y a fait état d’« attaques multiples » et de tirs d’artillerie contre l’hôpital Al-Amal. L’autre grand hôpital de la ville, Nasser, a été pris d’assaut par l’armée le 15 février.

L’armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations à Zeitoun, un quartier de la ville de Gaza, dans le Nord, bombardé plusieurs fois cette semaine, où « une vingtaine de terroristes » ont été tués mercredi. A Khan Younès, l’armée a déclaré avoir tué « quinze terroristes ».

Selon le ministère de la santé du Hamas, les bombardements ont fait 97 morts en 24 heures à travers le territoire de la bande de Gaza. Le bureau palestinien fait état de 29 410 morts dans l’enclave, en grande majorité des civils, depuis le début de l’offensive. Côté israélien, ce sont plus de 1 160 personnes qui ont été tuées depuis le 7 octobre, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.

L’UNRWA a atteint un « point de rupture »

L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a atteint un « point de rupture », a mis en garde, jeudi, son patron Philippe Lazzarini dans une lettre au président de l’Assemblée générale de l’ONU. « C’est avec un profond regret que je dois aujourd’hui vous informer que l’Agence a atteint un point de rupture, avec les appels répétés d’Israël à son démantèlement et le gel des financements de donateurs face à des besoins humanitaires à Gaza sans précédent », a-t-il écrit dans cette lettre publiée sur X.

« La capacité de l’Agence à remplir son mandat donné par la résolution 302 de l’Assemblée générale est désormais gravement menacée », a-t-il ajouté. L’UNRWA, qui a été créée par cette résolution adoptée en 1949, emploie quelque 30 000 personnes dans les territoires occupés palestiniens, au Liban, en Jordanie et en Syrie.

L’Agence est au centre d’une controverse depuis qu’Israël a accusé douze d’entre eux d’implication dans l’attaque du 7 octobre menée par le groupe islamiste palestinien Hamas. L’ONU s’est immédiatement séparée des employés accusés et une enquête interne a été lancée. Le secrétaire général Antonio Guterres a également confié à un groupe indépendant présidé par l’ancienne ministre des affaires étrangères française Catherine Colonna une mission d’évaluation de l’UNRWA et de sa « neutralité ».

Mais même si « jusqu’à maintenant, aucune preuve n’a été partagée par Israël avec l’UNRWA », seize pays ont suspendu leur financement, pour un total de 450 millions de dollars (415 millions d’euros environ), a précisé Philippe Lazzarini, prévenant que les opérations de l’agence à travers la région « vont être gravement compromises à partir de mars ».

Large soutien au G20 à une solution à deux Etats au Proche-Orient

A l’issue, jeudi, d’une réunion des ministres des affaires étrangères des pays du G20 à Rio de Janeiro (Brésil), le chef de la diplomatie brésilienne, Mauro Vieira, a souligné devant la presse « l’unanimité virtuelle en soutien de la solution à deux Etats comme la seule possible pour le conflit entre Israël et la Palestine ». Selon une source diplomatique brésilienne qui s’est exprimée auprès de l’AFP, « il n’a pas dit juste “unanimité” parce que toutes les interventions n’ont pas porté sur le sujet, mais ceux qui se sont manifestés se sont montrés favorables, et ils ont été nombreux ».

L’Union européenne a aussi donné de la voix pour soutenir une coexistence d’Israël et d’un Etat palestinien indépendant. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a dit avoir demandé au ministre brésilien « d’expliquer au monde qu’au G20 tout le monde était favorable à cette solution ».

Mercredi, le Parlement israélien avait massivement voté une résolution proposée par Benyamin Nétanyahou s’opposant à toute « reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien », qui reviendrait, selon le texte, à récompenser le « terrorisme sans précédent » du Hamas.

Attaque en Cisjordanie

La guerre à Gaza a aussi entraîné une flambée de violence en Cisjordanie occupée, théâtre de fréquentes attaques perpétrées par des Palestiniens contre des Israéliens et de raids souvent meurtriers de l’armée israélienne.

Selon la police israélienne, trois Palestiniens ont ouvert le feu à l’arme automatique jeudi sur des véhicules dans un embouteillage près d’une colonie juive en Cisjordanie occupée, tuant une personne et en blessant huit autres, parmi lesquelles une jeune femme enceinte dans un état critique.

Cette attaque survient quelques jours après que deux personnes ont été tuées par balles à Kiryat Malakhi, dans le sud d’Israël, et après une proposition du ministre de la sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir, de bloquer l’accès des Palestiniens de Cisjordanie à l’esplanade des Mosquées de Jérusalem-Est pendant le mois du ramadan, qui doit débuter autour du 10 mars. « Notre droit à la vie surpasse [le droit] à la liberté de mouvement » des Palestiniens, a déclaré jeudi sur les lieux de l’attaque M. Ben Gvir, chef d’une formation d’extrême droite.

Des discussions sur une trêve et la libération d’otages

Pour tenter de sortir de l’impasse les discussions sur une trêve, le conseiller du président américain Joe Biden pour le Moyen-Orient, Brett McGurk, était attendu jeudi en Israël, après une étape au Caire où le chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, s’est aussi rendu cette semaine.

Face à un bilan humain qui ne cesse de s’alourdir, de nouvelles discussions ont commencé autour d’un plan élaboré par le Qatar, les Etats-Unis et l’Egypte, dont la première phase prévoit une trêve de six semaines, associée à un échange d’otages contre des prisonniers palestiniens détenus par Israël et à l’entrée à Gaza d’une importante quantité d’aide humanitaire. « Nous voulons qu’un accord soit trouvé (…) le plus rapidement possible », a déclaré le porte-parole du département d’Etat américain, Matthew Miller.

Les discussions menées par le conseiller de Joe Biden sur une nouvelle libération d’otages accompagnée d’une pause des hostilités à Gaza « se passent bien », a par ailleurs assuré jeudi, un porte-parole de la Maison Blanche, John Kirby. Ce sont « les indications initiales que nous tenons de Brett [McGurk]», a-t-il déclaré, en précisant qu’en Israël, l’émissaire doit rencontrer des membres du gouvernement ainsi que des familles d’otages américains.