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Un Sous-marin Nucléaire Britannique a Subi un «dysfonctionnement préoccupant» lors d’une Plongée

L’une des quatre unités de la Royal Navy déployant des missiles intercontinentaux Trident a connu un incident causé par une panne de sa jauge de profondeur.

Le pire a sans doute été évité quelque part au large des côtes britanniques, sous la mer, il y a plus d’un an. Alors qu’il s’apprêtait à partir en patrouille, un sous-marin nucléaire de la Royal Navy a subi un dysfonctionnement «préoccupant» lors d’une plongée, a appris mardi 21 novembre la BBC, confirmant une information du quotidien The Sun. Le choix de cet adjectif revient à une source militaire, qui précise que le «problème» a été «détecté» à temps et que, par la suite, une enquête a été lancée par la marine britannique.

Peu de détails sont remontés à la surface dans la presse britannique. L’incident aurait été causé par la jauge de profondeur principale qui serait tombée en panne alors que le sous-marin plongeait, explique la chaîne de radio, qui précise qu’«une jauge de profondeur secondaire fonctionnait toujours». Particulièrement dans les sous-marins nucléaires, mais plus généralement pour tous les navires militaires, des systèmes de redondance existent, qui permettent de réduire les risques en cas de défaillance technique.

«Profondeur d’écrasement»

Lorsque les ingénieurs à bord se sont rendu compte de la panne de la jauge principale, le sous-marin était encore à une profondeur lui permettant de naviguer «en toute sécurité», mais il plongeait davantage que ce que croyait l’équipage et allait «vers sa profondeur d’écrasement», qui n’a donc pas été atteinte, précise The Sun. Plus un sous-marin plonge bas sous la surface de l’eau, plus la pression de l’eau contre sa coque augmente et ce jusqu’à un niveau tel que le bâtiment ne peut résister à une telle force et implose. Pour des raisons de sécurité nationale évidente, cette profondeur fatidique d’«écrasement» – de l’ordre de plusieurs centaines de mètre pour des engins militaires de cette catégorie – est classifiée.

Le ministère de la Défense britannique – ou celui d’un autre pays en pareil cas – ne s’exprime normalement pas sur ce genre d’incidents, qui est aujourd’hui révélé plus d’un an après les faits. «La Royal Navy a déclaré que ses sous-marins continuaient de respecter leurs engagements et que même si elle ne faisait aucun commentaire sur les opérations, la sécurité de son personnel est toujours sa plus haute priorité», a simplement précisé mardi la BBC. À la commission de la défense de la chambre des communes, ce mercredi, le ministre d’État aux forces armées, James S. Heappey, a confirmé l’incident, précisant bien que «les mesures de protection semblaient avoir fonctionné» grâce à l’activation de «la deuxième jauge» qui «a permis d’éviter» un problème «imminent».

Missiles Trident

Ce n’est pas n’importe quel sous-marin qui a connu un tel incident, mais l’un des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de classe Vanguard dont dispose le Royaume-Uni pour assurer sa dissuasion nucléaire. Ces bâtiments, mis en service entre 1993 et 1999, et basés à Faslane en Écosse, ont à la fois une propulsion nucléaire – qui leur garantit une autonomie en plongée quasiment illimitée – et un armement nucléaire. Armé par un équipage d’environ 140 marins, chacun de ces navires de 150 mètres de long et de 16.000 tonnes de déplacement peut déployer jusqu’à 16 missiles balistiques intercontinentaux Trident II. Ce «SLBM» («submarine-launched ballistic missile» en anglais) dispose d’une portée d’environ 12.000 kilomètres et peut emporter plusieurs têtes nucléaires Holbrook de 100 kilotonnes chacune (en équivalent TNT, contre 15 kt pour la bombe d’Hiroshima). En pratique, «sur les 120 têtes nucléaires britanniques opérationnelles, environ 40 sont déployées sur le sous-marin qui est en permanence en mer, tandis que les 80 autres sont réparties sur les deux autres sous-marins déployables», précise le Stockholm International Peace Reaserch Institute (SIPRI) dans son rapport annuel de 2023.

En janvier 2023, la presse britannique avait d’ores et déjà révélé la découverte d’un «défaut» sur l’unité de tête de classe, le Vanguard, alors qu’il était en cours de maintenance, rappelle la BBC. Le défaut, issu de «travaux effectués dans le passé», a été «rapidement signalé et corrigé», avait alors déclaré le ministère de la Défense. Le sous-marin a finalement quitté le chantier naval de Devonport en mai et subit actuellement des essais.

Avec les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et depuis quelques années l’Inde, le Royaume-Uni fait partie des six puissances dans le monde à disposer de sous-marins à propulsion nucléaire capables de déployer des missiles balistiques à tête nucléaire. En la matière, Londres dispose depuis 1967 d’une «permanence à la mer» qui garantit sa capacité de seconde frappe en cas d’attaque nucléaire contre le territoire britannique. Une nouvelle classe de sous-marins, baptisée Dreadnought, est en cours de construction depuis 2016 pour remplacer les Vanguard qui sillonnent les océans depuis trente ans.